Tonalité et mode

 La tonalité et le mode sont deux notions musicales très importantes qu’il convient de bien comprendre et de ne surtout pas confondre.

Tonalité

Pour appréhender la notion de tonalité, prenons l’exemple suivant. Vous connaissez parfaitement un air musical que vous fredonnez souvent. En l’entendant un jour à la radio vous vous apercevez qu’il vous est impossible de le chanter car la voix du chanteur qui l’interprète est trop aiguë ou trop grave pour vous ; c’est parce que vous ne le chantez sans doute pas dans la même tonalité. La tonalité est la hauteur à laquelle on joue ou chante une mélodie.

Tout le monde connaît notre classique gamme de Do (do, ré, mi, fa, sol, la, si). Si l’on veut jouer une mélodie plus aiguë que dans la gamme de Do, on partira d’une note plus élevée tout en conservant les mêmes écarts entre les notes (toutes les notes de la gamme de Do n’ont pas le même écart entre elles, voir un peu plus bas). A l’inverse si l’on désire la jouer plus grave on partira d’une note plus basse. On ne change pas de tonalité uniquement pour adapter une mélodie aux possibilités vocales d’un chanteur ; en effet tous les instruments de musique n’ont pas la possibilité de jouer dans toutes les tonalités. Pour composer une musique destinée à l’un de ces instruments il faudra donc l’écrire dans la tonalité qui lui convient. L'opération consistant à changer de tonalité s'appelle une transposition.

Comment procède-t-on musicalement parlant pour changer de tonalité ?

Le système tonal dans la musique occidentale est caractérisé par un ensemble de 7 notes, dont notre fameuse gamme de Do est le modèle. Les écarts « musicaux » entre ces notes ne sont pas tous équivalents. Le plus petit écart musical utilisé est le ½ ton.

Voici quels sont les écarts musicaux entre les notes de notre gamme de Do :

Si l’on désire changer de tonalité une mélodie, par exemple en la jouant plus aiguë d’un ton, il faudra reconstituer cette gamme en partant de la note située un ton plus haut, le Ré, tout en conservant les mêmes écarts entre chaque note. Il faudra pour cela créer de nouvelles notes, éloignées d’un demi-ton de celles que l’on utilise dans la gamme de Do. Pour indiquer que l’on augmente une note d’un demi-ton, on utilise le symbole # (dièse). Pour indiquer que l’on baisse une note d’un demi-ton, on utilise le symbole b (bémol). Pour la tonalité de Ré nous aurons donc besoin d’un Fa# et d’un Do# comme on le voit ci-dessous :

Tonalité de Do

Ecouter la gamme dans la tonalité de Do


Tonalité de Ré

Ecouter la gamme dans la tonalité de Ré


Il est possible de procéder ainsi à partir de n’importe quelle note. Si l’on comptabilise tous les ½ tons de la gamme, nous nous apercevons qu’il y en a 12. Il faudra donc 12 gammes pour couvrir toutes les tonalités possibles.

 

Mode

Nous avons vu que notre gamme de référence est la gamme de Do, constituée de 7 notes ayant des écarts entre elles qui ne sont pas toujours égaux. Le choix de ces 7 notes ayant ces écarts musicaux spécifiques s’est fait dans le cours de l’histoire de notre musique occidentale. Mais d’autres civilisations n’utilisent pas les mêmes ensembles de notes et ont bâti des gammes n’ayant pas forcément le même nombre de notes ni les mêmes écarts musicaux entre elles.

En utilisant uniquement les notes de notre gamme de Do, il est possible de créer des gammes dont les écarts musicaux entre notes ne seront pas identiques. Par exemple si je pars de la note La au lieu de la note Do pour faire ma gamme tout en conservant les mêmes notes, j’obtiens une gamme avec des écarts différents. On parlera alors de mode, et non de tonalité, puisque les écarts entre les notes en partant de la note de base (appelée tonique) ne sont pas les mêmes :

Mode de Do

 

Ecouter le mode de Do

Mode de La

 

Ecouter le mode de La

Mais à quoi cela peut-il bien servir ?

Le fait d’utiliser une gamme avec des écarts musicaux entre les notes différents de la gamme habituelle permet de créer une ambiance musicale, un univers sonore différents. Voici par exemple un air connu, Frère Jacques, interprété dans deux modes :

Ecouter Frère Jacques en mode de Do majeur

Ecouter Frère Jacques en mode de La mineur

Dans l’antiquité grecque et à l’époque médiévale on usait de la musique modale en construisant des gammes à partir de chacune des notes de la gamme de Do sans utiliser de ½ tons.

On avait ainsi :

Le mode de Do : do, ré, mi, fa, sol, la, si, do, également appelé mode ionien (notre gamme classique).

Le mode de Ré : ré, mi, fa, sol, la, si, do, ré, également appelé mode dorien.

Le mode de Mi : mi, fa, sol, la, si, do, ré, mi, également appelé mode phrygien.

Le mode de Fa : fa, sol, la, si, do, ré, mi, fa, également appelé mode lydien.

Le mode de Sol : sol, la, si, do, ré, mi, fa, sol, également appelé mode myxolydien.

Le mode de La : la, si, do, ré, mi, fa, sol, la, également appelé mode aéolien.

Le mode de Si : si, do, ré, mi, fa, sol, la, si, également appelé mode locrien.

Par la suite notre musique occidentale n’a retenu que deux modes, le mode constitué par notre classique gamme de Do, qu’on appelle mode majeur, et le mode constituée par la gamme partant de la note La et qu’on appelle mode mineur. Ces deux dénominations tiennent à la position de la 3ème note de la gamme, qu’on appelle la tierce. Dans le mode partant de la note La cette tierce se trouve ½ ton plus bas que dans la gamme de Do, d’où l’appellation « majeur » pour la gamme ayant la tierce plus aigüe et « mineur » pour la gamme ayant la tierce ½ ton plus bas. C’est ce système qu’on appelle système tonal qui prévaudra jusqu’à la fin du 19ème siècle avant que des compositeurs ne commencent à le remettre en cause. Certains de ces modes anciens sont toutefois restés vivants dans des musiques traditionnelles ou d’autres civilisations.

Comment cela fonctionne-t-il musicalement parlant ?

Pour comprendre comment interpréter un air dans différents modes, il nous faut prendre comme repère non plus le nom des notes en lui-même, mais la position des notes les unes par rapport aux autres.

On va ainsi désigner chaque note d’une gamme par le rang ou degré qu’elle occupe dans la gamme (on utilise généralement par convention les chiffres romains). Dans la gamme de Do, cela nous donne ceci :

Do Mi Fa Sol La Si
I II III IV V VI VII

 

Prenons la mélodie suivante, dont voici la partition en gamme de Do majeur :

Si nous repérons les notes par leur degré dans la gamme, nous obtenons ceci :

Si nous voulons jouer cette mélodie dans un autre mode, par exemple le mode de Ré ou mode dorien, nous allons d’abord repérer quelle note correspond à chacun des degrés de cette nouvelle gamme :

 Ré  Mi  Fa  Sol La Si Do
 I II III IV V VI VII

Ainsi à la place de la première note de la partition, qui était la note de degré I (un Do), je vais jouer la note de degré I dans le mode de Ré, c’est-à-dire un Ré ; à la place de la deuxième note de la partition qui était la note de degré II (un Ré), je vais jouer la note de degré II dans le mode de Ré, c’est-à-dire un Mi, et ainsi de suite.

Ce qui fait que la mélodie sonnera différemment est dû à ce que les écarts musicaux entre les différents degrés ne sont pas identiques d’un mode à l’autre.

Pour avoir un aperçu de l’ambiance créée par chacun de ces modes, voici « Frère Jacques » joué dans chacun d’entre eux.

Ecouter Frère Jacques en mode de Ré

Ecouter Frère Jacques en mode de Mi

Ecouter Frère Jacques en mode de Fa

Ecouter Frère Jacques en mode de Sol

Ecouter Frère Jacques en mode de La

Ecouter Frère Jacques en mode de Si

Il est tout à fait possible d’imaginer d’autres modes en créant d’autres gammes. Claude Debussy a par exemple fait appel dans certaines de ses compositions à une gamme composée de 6 notes à égale distance musicale d’un ton entier entre elles :

 Do Mi Fa# Sol# La#
 I  II III IV V VI

Voici ce que donne notre Frère Jacques dans ce mode.

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