La recherche de causes

L’échec de l’Ecole quant à la non maîtrise de l’orthographe tient à mon avis à trois causes essentielles que nous allons examiner une à une.

Les méthodes d’apprentissage de la lecture

Les conséquences du choix d’une méthode d’apprentissage de la lecture ne sont pas anodines sur l’apprentissage de la langue écrite. Je pense que toute méthode qui ne respecte pas les principes graphophonologiques de notre langue constitue un obstacle à la complète maîtrise de l’orthographe par le plus grand nombre.

Notre langue écrite est basée sur la transcription graphique des sons de la langue parlée à l’aide de lettres représentant des sons qui s’associent en syllabes, représentant elles aussi des sons, le tout constituant des mots qui, eux, représentent des idées. A cela s’ajoutent des particularités graphiques propres à la langue écrite, liées à son Histoire.

Toutes les langues écrites ne fonctionnent pas selon le même principe, tel le Chinois mandarin ou le japonais kanji qui, eux, transcrivent graphiquement non des sons, mais des idées.

Les méthodes qui ne s’appuient pas dès le départ sur l’apprentissage simultané de la lecture et de l’écriture des relations entre graphèmes et phonèmes constituent des obstacles pour un grand nombre d’enfants.

Les tenants des méthodes globales ou mixtes affirment que leurs méthodes apprennent à lire à presque tous les élèves, et sont plus motivantes. Mais ils refusent généralement de porter la responsabilité du pourcentage non négligeable d’élèves qui ne maîtrisent pas la lecture et l’écriture, et qu’ils rangeront dans la case « dyslexie » pour justifier que les causes en sont « médicales » et non scolaires. Mon propos n’est pas de nier la dyslexie, mais elle est extrêmement rare, et pas dans les proportions que l’on constate aujourd’hui. Il s’agit le plus souvent de fausses dyslexies provoquées par les méthodes utilisées. Par ailleurs, pour affirmer qu’une méthode est efficace, il faudrait prendre en compte des paramètres extérieurs comme le nombre important de parents qui « accompagnent » la scolarité de leurs enfants, et pallient en fait ce que l’école ne fait pas toujours bien.

Les « bons » élèves apprennent quelle que soit la méthode proposée, les élèves « moyens » ont des facultés d’adaptation qui leur permettront tant bien que mal d’y parvenir, les élèves en difficultés n’y parviendront pas ou mal. Une bonne méthode se juge à la marge ; c’est celle qui réussit à apprendre à lire et écrire y compris aux élèves en difficultés.

Un solide ancrage graphophonologique dans l’apprentissage de la langue écrite est indispensable à la bonne maîtrise de l’orthographe lexicale.gogie français CM CE école primaire élémentaire cours fiches exercices

La dilution des particularités de la langue écrite

Voici ce que l’on peut trouver comme proposition d’activité à l’école dans l’ouvrage « L’orthographe à l’école » d’Eveline Charmeux, auteur qui a fait référence dans les écoles normales d’instituteurs dans les années 1980.

Il s’agit de trouver et classer des mots selon les diverses graphies rencontrées :

an ant en ent aon aen ean am etc.
maman
pan
gant en vent
dent
lent
Laon
faon
Caen Jean ramper  

 

Qu’en déduira un jeune élève à qui l’on proposera de tels tableaux ? Qu’il existe un tel nombre de façons d’écrire le son [an] qu’il désespérera de ne jamais savoir celle qu’il doit utiliser dans tel ou tel mot, d’autant plus que pour chaque son on se retrouvera avec un nombre aussi complexe de graphies possibles. Et lorsqu’on proposera à ces élèves d’écrire un mot pourtant simple à orthographier comme dépenser, il ne faudra pas s’étonner de trouver des écritures telles que dépantser, dépentser, dépaonser, dépaenser, dépamser, et.

Non, le son [an] ne s’écrit pas de toutes ces façons possibles. Ce qu’il faut enseigner, c’est que le son [an] s’écrit an ou en. Cependant, on écrit non pas n, mais m devant m, b, p, et cela est également vrai pour les autres sons (in, on, etc.). Si l’on trouve des ent, ant etc., le « t » ne fait pas partie du son. C’est une particularité orthographique liée à l’histoire du mot, une lettre muette de fin de mot. Il existe par ailleurs quelques trucs ou astuces qui aideront à savoir s’il existe de telles lettres cachées. Quant aux aon, ean, aen, ils sont très anecdotiques et liés à de très rares mots qu’il suffit d’apprendre comme des curiosités orthographiques qu’on n’utilise pas tous les jours, ou à des noms propres qui ne respectent pas les règles orthographiques et dont l’écriture sera toujours donnée aux élèves par l’enseignant. Dès lors, quel soulagement pour l’esprit des jeunes enfants ! Sur des mots inconnus, les élèves ne risquent donc plus d’écrire n’importe quoi, et se limiteront aux « en » ou « an » possibles dont ils mémoriseront d’autant plus facilement la bonne graphie selon les mots qu’ils auront l’esprit libéré d’une multitude trop complexe de possibilités.

Certes Eveline Charmeux précise qu’ « il est possible d’admettre dans un premier temps l’ensemble des lettres correspondant, dans le mot, à ce qui est prononcé sous la forme du son considéré, indépendamment du rôle linguistique de ces lettres. Ainsi on pourra considérer comme des graphies différentes de [an] les groupes de lettres : and et ands pour les mots grand et grands» Mais ce sont justement les plus jeunes enfants qui ont besoin qu’on leur simplifie les choses dans un premier temps ! Quand on leur expliquera (peut-être !) plus tard ce qu’il en est réellement, le mal aura été fait. Eveline Charmeux nous propose de faire compliqué lorsque l’on peut faire simple, ce qui conduira à ce que les élèves les plus intelligents s’en sortiront tandis que les élèves en difficulté seront définitivement noyés dans un océan de graphies possibles qu’ils estimeront ne jamais être en mesure de mémoriser.

L’enseignement de la grammairE

Depuis quelques décennies, l’enseignement de la grammaire, jugée de plus en plus secondaire ou inutilement formelle, a été délaissé. Peu ou mal enseignée au primaire, elle semble même complètement délaissée au collège au profit de la « littérature ». De plus son enseignement manque aujourd’hui de cohérence, comme pour l’apprentissage de la lecture.

Or notre orthographe grammaticale nécessite une bonne connaissance de notre grammaire, plus particulièrement une bonne maîtrise de la reconnaissance de la nature des mots et de quelques fonctions essentielles. Une règle aussi simple par exemple que « l’adjectif qualificatif s’accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte » nécessite de:

1- savoir reconnaître un nom sans faille ;

2- savoir reconnaître un adjectif qualificatif sans faille

3- maîtriser les notions de genre et de nombre ;

4- pouvoir rattacher l’adjectif qualificatif au nom qui convient.

Or la plupart des élèves entrant au collège sont dans l’incapacité de reconnaître sans faille la nature de mots pourtant essentiels comme les verbes, les noms, les adjectifs qualificatifs.

Quant aux fonctions, n’en parlons même pas !

Un enseignement efficace de l’orthographe doit nécessairement s’appuyer sur un enseignement efficace de la grammaire.pédagogie français CM CE école primaire élémentaire cours fiches exercices

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